Le tambour





Le tambour Conte merveilleux

Un conte des frères Grimm
8.1/10 - 20 votes
Le tambour
Un soir, un jeune tambour marchait tout seul dans les champs et arriva à un lac. Il vit alors trois morceaux de toile de lin blanche posés sur le rivage. « Comme ce lin est fin », dit-il, et en mit un morceau dans sa poche. Il rentra chez lui, ne pensa plus à sa trouvaille et se coucha. Comme il était sur le point de s'endormir, il lui sembla entendre quelqu'un prononcer son nom. Il tendit l'oreille et perçut une voix qui l'appelait tout bas: « Tambour, tambour, réveille-toi! » Comme il faisait nuit noire, il ne pouvait voir personne, mais il eut l'impression qu'une silhouette allait et venait dans l'air près de son lit.
- Que veux-tu? demanda-t-il.
- Rends-moi ma chemise que tu m'as prise hier soir au lac, répondit la voix.
- Je te la rendrai si tu me dis qui tu es, dit le tambour.
- Ah, répondit la voix, je suis la fille d'un puissant roi, mais je suis tombée sous l'emprise d'une sorcière et je suis exilée sur la montagne de verre. Tous les jours, je dois me baigner dans le lac avec mes deux sœurs, mais sans ma chemise, je ne peux pas repartir. Mes sœurs se sont envolées et moi, j'ai dû rester. Je t'en prie, rends-moi ma chemise.
- Sois tranquille, ma pauvre enfant, je te la rends volontiers.
Il sortit la chemise de sa poche et la lui tendit dans l'obscurité. Elle la saisit prestement et voulut s'enfuir avec.
- Attends un peu, lui dit-il, je peux peut-être t'aider.
- Tu ne peux m'aider que si tu montes sur la montagne de verre et que tu me libères du pouvoir de la sorcière. Mais tu n'arriveras jamais jusqu'à la montagne de verre, et quand bien même tu en serais tout près, tu n'arriverais pas à la gravir.
- Ce que je veux faire, je le peux, dit le tambour. J'ai pitié de toi et je n'ai peur de rien. Mais j'ignore le chemin qui mène à la montagne de verre.
- Le chemin traverse la grande forêt dans laquelle vivent les mangeurs d'hommes, répondit-elle. Je n'ai pas le droit de t'en dire plus.
Sur ces mots, il l'entendit s'envoler dans un bruissement d'ailes.
Au lever du jour, le tambour se mit en route. Il accrocha son tambour autour de sa taille et, sans ressentir aucune peur, il entra tout droit dans la forêt. Après avoir marché un petit moment sans apercevoir de géant, il se dit: « Il faut que je réveille ces dormeurs. » Il mit son tambour devant lui et fit rouler ses baguettes, tant et si bien que les oiseaux quittèrent les arbres en criant. Peu après, un géant, qui était allongé dans l'herbe et qui dormait, se dressa de toute sa taille. Il était aussi grand qu'un sapin.
- Eh, nabot, lui cria le géant, qu'est-ce qui te prend à jouer du tambour ici, et à me tirer de mon meilleur sommeil?
- Je joue du tambour, répondit-il, parce qu'il en vient des milliers derrière moi, et qu'il faut leur montrer le chemin.
- Que veulent-ils ici dans ma forêt? demanda le géant.
- Ils veulent t'occire et débarrasser la forêt des monstres de ton espèce.
- Hoho, dit le géant, je vais vous écraser comme des fourmis.
- Crois-tu pouvoir faire quelque chose contre eux? dit le tambour. Quand tu te pencheras pour en attraper un, il se sauvera et courra se cacher, et quand tu t'allongeras et que tu seras endormi, ils sortiront de tous les fourrés et grimperont sur toi. Chacun d'entre eux porte à sa ceinture un marteau d'acier, et ils te défonceront le crâne avec.
Le géant en fut contrarié et se dit: « Si je cherche querelle à ce peuple malin, cela pourrait tourner à mon désavantage. Les loups et les ours, je peux les étrangler, mais je ne peux pas me défendre contre ces vers de terre. »
- Écoute, petit bonhomme, dit-il, rentre chez toi, je te promets de vous laisser tranquille à l'avenir, toi et tes camarades, et si tu as encore un souhait, dis-le moi, et je veux bien faire quelque chose pour te rendre service.
- Tu as de grandes jambes, dit le tambour, et tu peux courir plus vite que moi. Porte moi à la montagne de verre, et alors je donnerai aux miens un signal pour qu'ils se retirent et pour cette fois, ils te laisseront tranquille.
- Viens par ici, petit vermisseau, dit le géant, monte sur mon épaule, je vais te porter où tu le désires.
Le géant le souleva et, une fois en haut, il s'en donna à cœur joie en faisant rouler son tambour. Le géant se dit: « C'est sans doute le signal pour que les autres se retirent. »
Après un petit moment, un deuxième géant, qui se trouvait au bord de la route, prit le tambour au premier et l'installa dans sa boutonnière. Le tambour saisit le bouton, qui avait la taille d'un plat. Il s'y tenait et regardait autour de lui d'un air joyeux. Puis ils arrivèrent auprès d'un troisième géant qui prit le tambour et l'assit sur le bord de son chapeau. Il allait et venait là-haut et il voyait par-dessus les arbres, et quand il aperçut au loin une montagne, il se dit: « C'est certainement la montagne de verre », et c'était bien elle. Le géant fit encore quelques pas et, quand ils furent arrivés au pied de la montagne, il le posa à terre. Le tambour voulut qu'il le porte jusqu'en haut de la montagne mais le géant secoua la tête, grommela quelque chose dans sa barbe et retourna dans la forêt.
À présent, le pauvre tambour se trouvait au pied de la montagne, qui était aussi haute que si trois montagnes avaient été entassées l'une sur l'autre, et aussi lisse qu'un miroir, et il ne savait comment faire pour arriver en haut. Il commença à l'escalader, mais en vain, il glissait et se retrouvait toujours en bas. « Ah, si seulement je pouvais être un oiseau, maintenant », se disait-il. Mais à quoi bon faire des vœux, cela ne lui faisait pas pousser des ailes. Comme il était là, à ne savoir que faire, il vit non loin de lui deux hommes qui se disputaient vivement. Il alla vers eux et vit que la cause de leur désaccord était une selle qui était posée à leurs pieds et que chacun d'eux revendiquait comme sa propriété.
- Que vous êtes sots, leur dit-il, vous vous disputez pour une selle, et vous n'avez pas de cheval pour aller avec.
- Cette selle vaut bien la peine qu'on se la dispute, répondit l'un des hommes. Celui qui s'assoit dessus et souhaite se rendre quelque part, quand bien même ce serait au bout du monde, il s'y trouve au moment même où il prononce ce souhait. La selle nous appartient à tous les deux, et maintenant, c'est à moi de monter dessus, mais il ne veut pas l'admettre.
- Je vais vite vous mettre d'accord, dit le tambour.
Il s'éloigna d'une certaine distance et planta un bâton blanc dans le sol. Puis il revint auprès d'eux et dit: « Faites la course, maintenant, et celui qui arrivera au but le premier aura le droit de monter sur la selle le premier. » Les deux hommes partirent en courant mais à peine s'étaient-ils éloignés de quelques pas que le tambour sauta en selle. Il souhaita être en haut de la montagne de verre et, avant qu'on ait eu le temps de dire ouf, il y était déjà.
Au sommet de la montagne de verre, il y avait une plaine dans laquelle s'élevait une vieille maison en pierre. Devant la maison, il y avait un grand bassin à poissons et, derrière elle, une sombre forêt. Il ne vit ni homme ni bête et tout était silencieux. Seul le vent faisait frissonner les feuilles des arbres et les nuages passaient tout près au-dessus de sa tête. Il s'approcha de la porte et frappa. Quand il frappa pour la troisième fois, une vieille au visage hâlé et aux yeux rouges ouvrit la porte. Elle portait des lunettes sur son long nez et le dévisagea d'un air sévère, puis elle lui demanda ce qu'il désirait.
- Entrer, manger et dormir, répondit le tambour.
- Tu auras cela, lui dit la vieille, si tu t'acquittes de trois tâches.
- Pourquoi pas, répondit-il. Je ne crains aucun travail, si difficile soit-il.
La vieille le fit entrer, lui donna à manger et, le soir venu, lui prépara un bon lit. Le matin, quand il eut dormi son content, la vieille ôta un dé à coudre de son doigt décharné et le tendit au tambour en disant:
- À présent, mets-toi au travail et vide l'étang qui est dehors avec ce dé à coudre. Mais tu dois avoir fini avant la nuit, et tous les poissons qui sont dans l'eau doivent être triés par espèce et par taille, et rangés les uns à côté des autres.
- C'est une tâche étrange, dit le tambour. Mais il se rendit quand-même à l'étang et se mit à puiser de l'eau.
Il puisa toute la matinée, mais que peut-on faire avec un dé à coudre face à une grande étendue d'eau, même en travaillant pendant mille ans? Quand il fut midi, il se dit: « Cela ne sert à rien et, que je travaille ou non, le résultat est le même ». Il cessa de travailler et s'assit par terre. Une jeune fille sortit alors de la maison, posa près de lui un petit panier avec son repas et lui parla ainsi: « Tu es assis, là, tout triste. Que te manque-t-il? » Il la regarda et vit qu'elle était merveilleusement belle.
- Ah, répondit-il, je ne peux pas venir à bout de la première tâche. Qu'en sera-t-il alors des autres? Je suis parti à la recherche d'une fille de roi qui doit habiter ici, mais je ne l'ai pas trouvée. Je vais continuer mon chemin.
- Reste ici, dit la jeune fille. Je vais te tirer d'affaire. Tu es fatigué, pose ta tête sur mes genoux et dors. Quand tu te réveilleras, le travail sera fait.
Le tambour ne se le fit pas dire deux fois. Dès qu'il ferma les yeux, elle fit tourner un anneau magique autour de son doigt et dit: « L'eau en haut, les poissons dehors! » Aussitôt, l'eau s'éleva dans le ciel comme un brouillard blanc et suivit la course des autres nuages, et les poissons se mirent à frétiller, sautèrent sur le rivage et se couchèrent les uns à côté des autres, en se rangeant tous en fonction de leur espèce et de leur taille. Quand le tambour se réveilla, il vit avec étonnement que tout était fait. Mais la jeune fille lui dit: « Un des poissons n'est pas avec ses semblables, il est tout seul. Ce soir, quand la vieille viendra et qu'elle verra que tu as fait tout ce qu'elle a exigé, elle te demandera: "Pourquoi ce poisson est-il tout seul?" Alors, tu lui jetteras ce poisson au visage en disant: "Il est pour toi, vieille sorcière!" » Le soir, la vieille vint, et quand elle lui posa cette question, le tambour lui jeta le poisson au visage. Elle fit semblant de ne rien remarquer et ne dit rien, mais elle le regarda d'un air méchant.
Le matin suivant, elle lui dit: « Hier, tu t'en es sorti facilement, il faut que je te confie des tâches plus difficiles. Aujourd'hui, tu déracineras tous les arbres de la forêt, tu fendras le bois en bûches et tu rangeras celles-ci en cordes. Et tout doit être terminé ce soir. » Elle lui donna une hache, une cognée et deux coins. Mais la hache était en plomb, et la cognée et les coins étaient en fer-blanc. Quand il commença à fendre le bois, la hache se tordit, et la cognée et les coins s'écrasèrent. Il ne savait plus que faire, mais à midi, la jeune fille revint avec son repas et le consola. « Pose ta tête sur mes genoux, dit-elle, et dors. Quand tu te réveilleras, le travail sera fait. » Elle fit tourner son anneau magique et, au même instant, tous les arbres de la forêt s'effondrèrent dans un grand fracas, le bois se fendit lui-même en bûches et se rangea en cordes. Quand le tambour se réveilla, la jeune fille lui dit: « Tu vois, le bois est fendu et rangé. Il ne reste qu'une seule branche, mais quand la vieille viendra ce soir et demandera ce que cette branche fait là toute seule, tu la frapperas avec en disant: "Elle est pour toi, sorcière que tu es!" »
La vieille vint.
- Tu vois comme ce travail était facile, dit-elle. Mais pour qui donc est cette branche-là?
- Elle est pour toi, sorcière! répondit le tambour en la frappant avec la branche.
Elle fit semblant de ne rien sentir, éclata d'un rire sarcastique et dit: « Demain matin, tu feras un tas de tout ce bois, tu l'allumeras et tu le brûleras. » Il se leva à l'aube et commença à porter le bois, mais comment un homme seul peut- il venir à bout d'une forêt tout entière? Le travail n'avançait pas. Mais la jeune fille ne l'abandonna pas dans son malheur: elle lui apporta son repas à midi et, quand il eut mangé, il posa sa tête sur ses genoux et s'endormit. À son réveil, tout le tas de bois brûlait dans un énorme feu dont les langues s'élevaient jusqu'au ciel. « Écoute-moi, dit la jeune fille, quand la sorcière viendra, elle te demandera de faire toutes sortes de choses. Si tu fais sans crainte tout ce qu'elle te dit, elle ne pourra te faire aucun mal. Mais si tu as peur, le feu te saisira et te dévorera. Enfin, quand tu auras tout fait, attrape- la de tes deux mains et jette-la dans la braise. »
La jeune fille s'en fut, et la vieille s'approcha de lui à pas de velours. « Ouh, j'ai froid, dit-elle, mais voilà un feu qui va réchauffer mes vieux os, ça me fera du bien. Tiens, il y a là- bas une bûche qui ne veut pas brûler, sors-la moi du feu. Quand tu auras fait cela, tu seras libre et tu pourras aller où tu veux. Allez, du nerf, vas-y! »
Le tambour ne fit ni une ni deux, il sauta au beau milieu des flammes, mais elles ne lui firent rien, elles ne purent même pas lui brûler les cheveux. Il sortit la bûche du feu et la posa par terre. Mais à peine le bois eut-il touché le sol qu'il se transforma, et il vit devant lui la jeune fille qui l'avait aidé dans son malheur. Et il remarqua, à ses habits de soie tout brillants d'or, que c'était la fille de roi qu'il cherchait. Cependant, la vieille éclata d'un rire fielleux et dit: « Tu crois l'avoir, mais elle n'est pas encore à toi! » Et juste au moment où elle s'apprêtait à se jeter sur la jeune fille pour l'entraîner avec elle, le tambour la saisit à deux mains, la souleva en l'air et la jeta dans la gueule des flammes qui se refermèrent sur elle comme si elles se réjouissaient de pouvoir dévorer une sorcière.
La jeune fille regarda alors le tambour. Voyant qu'il était bien fait de sa personne et qu'il avait risqué sa vie pour la délivrer, elle lui tendit la main en disant: « Tu as osé tout faire pour moi, et moi aussi, je veux tout faire pour toi. Si tu promets de m'être fidèle, tu seras mon mari. Nous ne manquerons pas de richesses, nous aurons assez de ce que la sorcière a amassé ici. » Elle le mena dans la maison, où se trouvaient des coffres et des malles qui étaient remplis de ses trésors. Ils laissèrent là l'or et l'argent et n'emportèrent que les pierres précieuses. Comme elle ne voulait pas rester plus longtemps sur la montagne de verre, il lui dit:
- Monte avec moi sur ma selle, et nous descendrons d'ici en volant comme des oiseaux.
- La vieille selle ne me plaît pas, dit-elle, je n'ai qu'à faire tourner mon anneau magique, et nous serons chez nous.
- Allons-y, répondit le tambour, tu n'as qu'à souhaiter que nous soyons aux portes de la ville.
Ils y furent en un clin d'œil, mais le tambour lui dit:
- Je veux d'abord me rendre chez mes parents pour leur donner de mes nouvelles. Attends-moi ici dans le champ, je serai bientôt revenu.
- Ah, lui dit la fille du roi, je t'en prie, prends garde à toi. Quand tu arriveras, n'embrasse pas tes parents sur la joue droite, sinon tu oublieras tout et je resterai ici, dans le champ, seule et abandonnée.
- Comment pourrais-je t'oublier? lui dit-il, et il lui jura, en lui tendant la main, d'être très vite de retour.
Quand il entra dans la maison de son père, personne ne savait qui il était, tant il avait changé, car les trois jours qu'il avait passés sur la montagne de verre avaient en réalité duré trois longues années. Il se fit alors reconnaître, et la joie de ses parents fut si grande qu'ils lui sautèrent au cou. Il en fut si profondément touché qu'il les embrassa sur les deux joues sans penser aux paroles de la jeune fille. Et au moment où il leur donna un baiser sur la joue droite, toute pensée pour la fille du roi disparut de son esprit. Il vida ses poches et posa sur la table des poignées entières des plus grosses pierres précieuses. Ses parents ne savaient que faire de toutes ces richesses. Son père fit alors construire un château somptueux entouré de jardins, de forêts et de prairies, comme si un prince devait y habiter. Et quand tout cela fut terminé, sa mère lui dit: « Je t'ai trouvé une fiancée, et le mariage aura lieu dans trois jours. » Et le fils fut satisfait de tout ce que ses parents avaient décidé.
La pauvre fille du roi était restée longtemps aux portes de la ville, à attendre le retour du jeune homme. Quand le soir tomba, elle se dit à elle-même: « Il aura embrassé ses parents sur la joue droite et m'aura oubliée. » Son cœur était rempli de chagrin, elle ne voulait pas retourner à la cour de son père et souhaita donc être transportée dans une petite maison solitaire dans la forêt.
Tous les jours, elle se rendait à la ville et passait devant la maison du jeune homme; il l'apercevait parfois, mais il ne se souvenait plus d'elle. Finalement, elle entendit les gens dire: « Demain, on doit célébrer son mariage. » Elle se dit alors: « Je vais tenter de reconquérir son cœur. » Quand on fêta le premier jour du mariage, elle fit tourner son anneau magique autour de son doigt en disant: « Je souhaite avoir une robe qui brille comme le soleil. » Et la robe fut aussitôt devant elle et brillait comme si elle avait été tissée avec des rayons de soleil. Quand tous les invités se furent réunis, elle entra dans la salle. Tous s'étonnaient devant sa belle robe, et la mariée plus que tous les autres, et comme son plus grand plaisir était d'avoir de belles robes, elle alla voir l'inconnue et lui demanda si elle accepterait de la lui vendre. « Pas pour de l'argent, lui répondit celle-ci, mais si vous m'accordez le droit de passer la première nuit à la porte de la chambre où dort le marié, je veux bien vous la donner. » La mariée ne put refréner son désir et accepta, mais elle versa un somnifère dans le vin que le marié buvait le soir, qui le fit sombrer dans un profond sommeil. Lorsque tout fut silencieux, la fille du roi s'accroupit devant la porte de sa chambre, l'entrouvrit et dit:
« Tambour, tambour, écoute-moi,
M'as-tu donc complètement oubliée?
N'es-tu pas resté sur la montagne de verre à mes côtés?
Ta vie, contre la sorcière, ne l'ai-je pas protégée?
Ta main, ne me l'as-tu pas tendue en gage de fidélité?
Tambour, tambour, écoute-moi. »
Mais tout était vain, le tambour ne se réveilla pas et au lever du jour, la fille du roi dut repartir comme elle était venue. Le deuxième soir, elle fit tourner son anneau magique en disant: « Je souhaite avoir une robe argentée comme la lune. » Quand elle parut à la fête dans sa robe qui était aussi délicate que la lumière de la lune, elle suscita de nouveau la cupidité de la mariée et la lui donna en échange contre la permission de passer aussi la deuxième nuit à la porte de la chambre. Elle dit alors, dans le silence de la nuit:
« Tambour, tambour, écoute-moi,
M'as-tu donc complètement oubliée?
N'es-tu pas resté sur la montagne de verre à mes côtés?
Ta vie, contre la sorcière, ne l'ai-je pas protégée?
Ta main, ne me l'as-tu pas tendue en gage de fidélité?
Tambour, tambour, écoute-moi. »
Mais le tambour, endormi par le somnifère, ne pouvait être réveillé. Au matin, la fille du roi repartit, triste, vers sa maison dans la forêt. Cependant, les gens de la maison avaient entendu la plainte de la jeune inconnue et en parlèrent au marié. Ils lui racontèrent aussi qu'il n'en avait rien entendu à cause du somnifère qu'on avait versé dans son vin. Le troisième soir, la fille du roi fit tourner son anneau en disant: « Je souhaite avoir une robe qui scintille comme les étoiles. » Quand elle parut à la fête dans cette robe, la mariée était subjuguée par la beauté de cette robe, qui surpassait de loin les autres, et dit: « Je veux l'avoir et je l'aurai! » La jeune fille la lui donna, comme les autres, contre la permission de passer la nuit à la porte du marié. Mais le marié ne but pas le vin qu'on lui apporta au coucher, et il le versa derrière son lit. Et quand tout fut silencieux dans la maison, il entendit une douce voix qui l'appelait:
« Tambour, tambour, écoute-moi,
M'as-tu donc complètement oubliée?
N'es-tu pas resté sur la montagne de verre à mes côtés?
Ta vie, contre la sorcière, ne l'ai-je pas protégée?
Ta main, ne me l'as-tu pas tendue en gage de fidélité?
Tambour, tambour, écoute-moi. »
Soudain, la mémoire lui revint. « Ah, s'écria-t-il, comment ai-je pu agir de manière aussi infidèle? C'est le baiser que j'ai donné à mes parents sur la joue droite, dans la joie des retrouvailles, qui en est la cause, c'est lui qui m'a fait tout oublier! » Il sauta du lit, prit la fille du roi par la main et la conduisit devant le lit de ses parents. « Voilà ma vraie fiancée, dit-il, et je commettrais une grande injustice en épousant l'autre. » Les parents, en entendant comment tout s'était produit, furent d'accord avec lui. On ralluma alors les lumières dans la salle, on rappela les tambours et les trompettes, on invita les amis et la famille à revenir, et le vrai mariage fut célébré avec grande joie. La première fiancée garda les belles robes en guise de dédommagement et en prit son parti.


*     *     *     *     *
0.00
imprimer imprimer   pdf pdf
grimmstories.com



Comparez deux langues:


en arrière
en avant
accueil














Donations are welcomed & appreciated.


Thank you for your support.