FRANÇAIS

Jean-de-fer

NEDERLANDS

IJzeren Hans


Il était une fois un roi qui avait près de son château une vaste forêt, dans laquelle il y avait toute sorte de gibier. Un jour, le roi envoya un chasseur tuer une biche dans la forêt, mais le chasseur ne revint pas. « Peut-être lui est-il arrivé malheur », dit le roi, qui envoya le lendemain deux autres chasseurs dans la forêt à sa recherche, mais ils ne revinrent pas non plus. Le troisième jour, le roi fit donc venir tous ses chasseurs et leur dit: « Passez la forêt tout entière au peigne fin et ne vous arrêtez pas avant d'avoir retrouvé vos trois camarades. » Mais de tous ces soldats non plus, aucun ne rentra, et l'on ne revit pas non plus un seul des chiens de la meute qu'ils avaient emmenée avec eux. Depuis ce temps-là, plus personne n'osait aller dans la forêt, et elle était là, dans le silence et la solitude les plus profonds, et l'on voyait seulement un aigle ou un autour la survoler de temps à autre. Cela dura de nombreuses années, puis un chasseur étranger qui cherchait un emploi se présenta chez le roi et se proposa pour se rendre dans la forêt dangereuse. Mais le roi ne voulut pas lui donner son accord et dit:
- Il s'y passe des choses étranges. Je crains que tu ne connaisses pas un sort meilleur à celui des autres et que tu n'en ressortes pas vivant.
- Sire, je veux le tenter à mes risques et périls: j'ignore ce que c'est que la peur, répondit le chasseur.
Le chasseur se rendit donc dans la forêt avec son chien. Il ne se passa pas longtemps avant que celui-ci ne flaire la trace d'une bête et s'apprête à la poursuivre. Mais après seulement quelques bonds, le chien se trouva au bord d'une profonde mare sans pouvoir aller plus loin. Un bras nu jaillit hors de l'eau, le saisit et l'entraîna au fond. Voyant cela, le chasseur retourna au château et revint accompagné de trois hommes munis de seaux, qui devaient vider le lac de son eau. Quand on put voir le fond, ils découvrirent qu'un homme sauvage y était étendu. Son corps était aussi brun que du fer rouillé et son visage était recouvert par ses cheveux qui lui tombaient jusqu'aux genoux. Ils le ligotèrent et l'emmenèrent au château. Tous furent très étonnés à la vue de cet homme sauvage. Quant au roi, il le fit enfermer dans une cage de fer dans la cour du château. Il interdit à quiconque, sous peine de mort, d'en ouvrir la porte, et confia la clé à la reine en personne. À partir de ce moment-là, tous purent à nouveau se rendre sans crainte dans la forêt.
Le roi avait un fils de huit ans. Un jour qu'il jouait dans la cour, sa balle d'or tomba dans la cage. Le petit garçon courut vers la cage et dit à l'homme sauvage:
- Rends-moi ma balle!
- Je ne te la rendrai pas avant que tu aies ouvert la porte de ma cage, répondit l'homme sauvage.
- Je ne le ferai pas, le roi l'a interdit, dit le garçon avant de partir en courant.
Il revint le lendemain et exigea de nouveau sa balle. L'homme sauvage lui dit: « Ouvre ma porte », mais l'enfant refusa. Le troisième jour, le roi était parti à la chasse. Le garçon revint trouver l'homme sauvage une nouvelle fois et lui dit:
- Même si je le voulais, je ne pourrais pas ouvrir ta porte, car je n'en ai pas la clé.
- Elle se trouve sous l'oreiller de ta mère, tu peux aller la chercher, dit alors l'homme sauvage.
Le garçon, qui voulait retrouver sa balle, envoya promener tous ses scrupules et rapporta la clé. La porte s'ouvrit à grand- peine et le garçon s'y coinça le doigt. Lorsqu'elle fut ouverte, l'homme sauvage sortit de la cage, lui donna sa balle et s'éloigna hâtivement. Pris de peur, le garçon se mit à crier dans sa direction: « Ah, homme sauvage, ne t'en va pas, sinon je serai battu! » L'homme sauvage fit demi-tour, installa le garçon sur ses épaules et se dirigea à grands pas vers la forêt. À son retour, le roi vit que la cage était vide et demanda à la reine comment cela s'était produit. Elle n'en savait rien et chercha la clé, mais elle avait disparu. Elle appela son fils, mais personne ne lui répondit. Le roi envoya des gens dans les champs à la recherche du garçon, mais ils ne le trouvèrent pas. Il devina donc aisément ce qui s'était passé, et une profonde tristesse s'installa à la cour du roi.
Quand l'homme sauvage fut arrivé dans la sombre forêt, il fit descendre le garçon de ses épaules et lui dit: « Tu ne reverras plus ton père et ta mère, mais je vais te garder près de moi parce que tu m'as rendu la liberté, et que j'ai pitié de toi. Si tu fais tout ce que je te dis, tu ne seras pas à plaindre. J'ai des trésors et de l'or en suffisance, et j'en ai bien plus que personne au monde. » Il prépara pour le garçon un lit de mousse sur lequel celui-ci s'endormit. Le lendemain matin, l'homme sauvage le conduisit près d'un puits et lui dit: « Tu vois, l'eau du puits d'or est aussi claire et pure que du cristal. Tu dois rester à côté et veiller à ce que rien n'y tombe, sinon il sera déshonoré. Je viendrai tous les soirs pour voir si tu as bien respecté mon ordre. »
Le garçon s'assit au bord du puits. Il voyait un poisson ou un serpent doré s'y montrer de temps à autre, et il prenait garde à ce que rien n'y tombe. Pendant qu'il était assis de la sorte, il ressentit soudain une douleur si vive au doigt qu'il le plongea machinalement dans l'eau. Il l'en retira aussitôt, mais il vit que son doigt était entièrement doré, et il eut beau se donner du mal pour effacer l'or, tous ses efforts furent vains. Le soir, Jean-de-fer revint, il regarda le garçon et dit:
- Qu'est-il arrivé au puits?
- Rien, rien, répondit le garçon en cachant son doigt derrière son dos pour qu'il ne le voie pas.
- Tu as mis ton doigt dans l'eau, lui dit cependant l'homme. Passe pour cette fois, mais garde-toi bien de laisser encore quelque chose tomber dedans.
Le lendemain, à la première heure, le garçon montait déjà la garde au bord du puits. Son doigt lui faisait à nouveau mal et, quand il passa la main sur sa tête, la malchance voulut qu'un de ses cheveux tombe dans le puits. Le garçon le retira aussitôt, mais il était déjà devenu tout doré. Quand Jean-de- fer arriva, il savait déjà ce qui s'était passé: « Tu as laissé tomber un cheveu dans le puits, dit-il. Je vais être indulgent encore une fois, mais si cela se reproduit une troisième fois, le puits sera déshonoré et tu ne pourras rester plus longtemps près de moi. » Le troisième jour, le garçon se tenait assis près du puits sans oser bouger son doigt bien qu'il lui fit encore si mal. Mais il trouvait le temps long et il se mit à observer son visage dont il voyait le reflet à la surface de l'eau. Et comme il se penchait de plus en plus pour pouvoir se regarder dans les yeux, ses cheveux, qu'il portait longs jusqu'aux épaules, tombèrent dans l'eau. Il se releva en toute hâte, mais sa chevelure tout entière était déjà devenue dorée et brillait comme un soleil. Vous pouvez imaginer la frayeur du pauvre garçon. Il prit son mouchoir et le noua autour de sa tête pour que l'homme sauvage ne voie pas ses cheveux. Quand celui-ci arriva, il savait déjà tout et dit: « Enlève ton mouchoir. » Les cheveux dorés du garçon apparurent alors, et il eut beau s'excuser autant qu'il pouvait, cela ne servit à rien. « Tu n'as pas réussi l'épreuve et tu ne peux rester ici plus longtemps. Pars dans le vaste monde, tu apprendras ainsi ce que c'est que d'être pauvre. Mais comme tu as bon cœur et que je te veux du bien, je vais t'accorder une chose: si tu te trouves dans le besoin, va dans la forêt et crie: 'Jean-de-fer!' Je viendrai alors t'aider. Mon pouvoir est grand, plus grand que ce que tu imagines, et j'ai de l'or et de l'argent en abondance. »
Le fils du roi quitta donc la forêt et marcha sans relâche, tantôt suivant des chemins déjà tracés, tantôt devant se frayer lui-même son passage, jusqu'à ce qu'il parvienne enfin dans une grande ville. Il y chercha du travail, mais il n'en trouva pas, et il n'avait rien appris non plus qui eût pu l'aider. Il se rendit finalement au château et demanda si on ne voulait pas le garder. Les gens de la cour ne savaient pas à quoi il pourrait leur être utile, mais il leur plaisait et ils lui dirent de rester. Enfin, le cuisinier le prit à son service et dit qu'il pourrait porter du bois et de l'eau, et balayer les cendres. Un jour, comme il n'avait personne d'autre sous la main, le cuisinier ordonna au garçon de porter les plats à la table du roi. Mais comme le garçon ne voulait pas que l'on voie ses cheveux dorés, il garda son chapeau sur la tête. Le roi n'avait encore jamais vu une chose pareille et il dit:
- Quand tu te présentes devant la table du roi, tu dois ôter ton chapeau.
- Ah, Sire, répondit le garçon, je ne peux pas: j'ai une vilaine teigne sur la tête.
Le roi fit alors appeler le cuisinier; il lui demanda comment il avait pu prendre un tel garçon à son service et lui ordonna de le renvoyer sur-le-champ. Mais le cuisinier avait pitié de lui et il lui fît prendre la place de l'aide-jardinier.
À présent, le garçon devait planter et arroser, bêcher et creuser dans le jardin, et subir les assauts du vent et le mauvais temps. Un jour d'été, alors qu'il travaillait seul dans le jardin, la journée était si chaude qu'il ôta son chapeau pour se rafraîchir un peu. Quand le soleil illumina ses cheveux, ceux-ci se mirent à briller tant qu'ils firent ricocher les rayons du soleil vers la chambre de la fille du roi, si bien que celle- ci se leva pour voir ce que c'était. Elle vit alors le garçon et l'interpella: « Eh, garçon, apporte-moi un bouquet de fleurs! » Il remit en toute hâte son chapeau, cueillit des fleurs des champs et en fit un bouquet. Comme il montait l'escalier, les fleurs à la main, il croisa le jardinier qui lui dit:
- Comment oses-tu porter à la fille du roi un bouquet de mauvaises fleurs? Cours vite en chercher d'autres, et choisis les plus belles et les plus rares.
- Oh non, répondit le garçon, les fleurs sauvages sont plus parfumées et elles lui plairont davantage.
Lorsqu'il entra dans sa chambre, la fille du roi lui dit:
- Ôte ton chapeau, il n'est pas convenable que tu le gardes devant moi.
- Je n'ai pas le droit, je suis teigneux, répondit le garçon une nouvelle fois.
Cependant, elle allongea la main et lui enleva son chapeau, si bien que les cheveux dorés du garçon recouvrirent ses épaules: c'était un spectacle magnifique. Il voulut se sauver, mais elle le retint par le bras et lui donna une poignée de ducats. Il partit avec, mais il n'accordait pas d'importance à cet or et le porta au jardinier en disant: « Je l'offre à tes enfants pour qu'ils jouent avec. » Le lendemain, la fille du roi lui demanda de nouveau de lui apporter un bouquet de fleurs des champs et, lorsque le garçon entra avec les fleurs, elle s'empara aussitôt de son chapeau pour le lui enlever, mais il le retint de ses deux mains. Elle lui donna de nouveau une poignée de ducats, mais il ne voulut pas les garder et les donna au jardinier en guise de jouets pour ses enfants. Il n'en fut pas autrement le troisième jour: elle ne parvint pas à lui ôter son chapeau, et le garçon, de son côté, ne voulut pas prendre l'or de la fille du roi.
Peu de temps après, le pays fut envahi par une guerre. Le roi rassembla ses troupes et il ne savait pas s'il pourrait résister à son ennemi, qui disposait d'une armée plus grande que la sienne. L'aide-jardinier dit alors:
- Je suis adulte, maintenant, et je veux aller à la guerre, moi aussi. Donnez-moi seulement un cheval.
- Tu n'as qu'à en choisir un quand nous serons partis, lui répondirent les autres en riant, nous t'en laisserons un dans l'écurie.
Une fois qu'ils furent partis, le garçon se rendit à l'écurie et en fit sortir le cheval: il avait une jambe paralysée et marchait clopin-clopant. Le garçon l'enfourcha cependant et partit en direction de la sombre forêt. Lorsqu'il arriva à la lisière de celle-ci, il cria trois fois « Jean-de-fer! », si fort que son cri résonna entre les arbres. L'homme sauvage apparut aussitôt et lui demanda:
- Qu'exiges-tu?
- J'exige un robuste destrier, car je veux partir à la guerre.
- Tu l'auras, et tu auras bien plus encore que ce que tu exiges.
L'homme sauvage retourna ensuite dans la forêt et, peu de temps après, un palefrenier en sortit, menant un cheval qui renâclait et qu'il avait peine à maîtriser. Il était suivi d'une grande foule de soldats, tous vêtus d'une armure de fer, et dont les épées scintillaient au soleil. Le jeune homme confia au palefrenier son cheval boiteux, enfourcha l'autre et prit la tête de la troupe. Lorsqu'il approcha du champ de bataille, une grande partie des soldats du roi était déjà tombée et il s'en fallait de peu que les autres ne battent en retraite. Le jeune homme vola à leur secours avec son armée de fer, s'abattant sur les ennemis tel un orage et terrassant tout ce qui lui opposait une résistance. Les ennemis voulurent prendre la fuite, mais le jeune homme les talonnait et il ne s'arrêta que lorsqu'il n'y eut plus aucun survivant. Cependant, au lieu de retourner auprès du roi, il ramena son armée à la forêt, par des tours et des détours, et appela Jean-de-fer pour le faire sortir.
- Qu'exiges-tu? lui demanda l'homme sauvage.
- Reprends ton cheval et ton armée et rends-moi mon cheval boiteux.
Il en fut comme il le désirait, et le jeune homme rentra chez lui sur son cheval boiteux. Quand le roi fut de retour au château, sa fille le félicita pour sa victoire. « Ce n'est pas moi qui ai remporté la victoire, dit le roi, mais un chevalier étranger qui est venu à mon secours avec son armée. » La fille du roi voulut savoir qui était ce chevalier étranger, mais le roi l'ignorait et lui dit: « Il a poursuivi les ennemis et je ne l'ai pas revu. » Elle demanda au jardinier des nouvelles de son aide, mais celui-ci lui répondit en riant: « Il vient justement de rentrer sur son cheval à trois pattes, et les autres soldats se sont moqués de lui en criant: 'Voilà que notre cahin-caha est de retour! Ils lui ont aussi demandé: 'Derrière quelle haie t'es-tu caché pour dormir?', mais il leur a répondu: 'J'ai fait le meilleur, et sans moi, les choses se seraient mal passées.' Et alors, il fut encore plus la risée de tous. »
Le roi dit à sa fille: « Je vais faire annoncer une grande fête qui durera trois jours, et tu devras lancer une pomme d'or. L'inconnu s'y montrera peut-être. » Quand la fête fut annoncée, le jeune homme se rendit près de la forêt et appela Jean- de-fer.
- Que désires-tu? demanda celui-ci.
- Attraper la pomme d'or de la fille du roi.
- C'est comme si tu l'avais déjà, dit Jean-de-fer. Tu auras aussi une armure rouge en prime et tu monteras un superbe alezan.
Lorsque vint le jour de la fête, le jeune homme arriva au galop et se mêla aux chevaliers sans que nul ne le reconnaisse. La fille du roi s'avança et lança une pomme d'or en direction des chevaliers, mais le jeune homme fut le seul à l'attraper et, aussitôt qu'il l'eut dans les mains, il partit au galop. Le deuxième jour, Jean-de-fer lui donna l'armure d'un chevalier blanc et un cheval blanc. Il fut de nouveau le seul à attraper la pomme, et il repartit aussitôt, sans s'attarder un seul instant. Le roi se mit en colère et dit: « Ce n'est pas permis, il doit se présenter devant moi et me donner son nom! » Il donna ordre de poursuivre le chevalier qui avait attrapé la pomme quand celui-ci reprendrait la fuite et, s'il ne faisait pas demi-tour de son plein gré, de l'attaquer. Le troisième jour, le jeune homme reçut de Jean-de-fer une armure noire et un cheval noir, et il attrapa de nouveau la pomme. Mais quand il prit la fuite avec, les hommes du roi le poursuivirent et l'un d'eux s'approcha si près de lui qu'il parvint à le blesser à la jambe, de la pointe de son épée. Le chevalier leur échappa cependant, mais son cheval faisait de tels bonds qu'il perdit son heaume, si bien que tout le monde vit ses cheveux dorés. Ils firent demi-tour et rapportèrent tout cela au roi.
Le lendemain, la fille du roi demanda au jardinier des nouvelles de son aide. « Il travaille au jardin, lui répondit celui- ci. Ce drôle d'oiseau s'est rendu à la fête, lui aussi, et il n'est rentré qu'hier soir. Il a aussi montré à mes enfants trois pommes d'or qu'il a gagnées. » Le roi fit venir le jeune homme devant lui, et il se présenta, avec toujours son chapeau sur la tête. Mais la fille du roi s'approcha de lui et le lui ôta, si bien que ses cheveux dorés recouvrirent ses épaules. Il était si beau que tous s'étonnèrent.
- Es-tu le chevalier qui est venu tous les jours à la fête, vêtu à chaque fois d'une couleur différente, et qui a attrapé les trois pommes d'or? lui demanda le roi.
- Oui, et voilà les pommes, répondit-il, en les sortant de sa poche et en les tendant au roi. Si vous voulez davantage de preuves, je peux vous montrer la plaie que m'ont faite vos hommes quand ils m'ont poursuivi. Mais je suis aussi le chevalier qui vous a aidé à remporter la victoire.
- Si tu es capable de telles choses, tu n'es pas un simple aide-jardinier. Dis-moi, qui est ton père?
- Mon père est un puissant roi, et j'ai de l'or en abondance, autant que j'en désire.
- Je vois bien que je te dois des remerciements. Puis-je faire quelque chose pour toi?
- Oui, répondit le jeune homme, vous le pouvez. Donnez- moi votre fille pour épouse.
- En voilà un qui ne fait pas de manières! dit la fille du roi en riant. Mais j'ai bien vu à ses cheveux dorés qu'il n'était pas un simple aide-jardinier.
Et elle s'approcha de lui et l'embrassa. Le père et la mère du jeune homme vinrent au mariage, et leur joie était grande car ils avaient déjà abandonné tout espoir de revoir leur fils bien-aimé. Et pendant qu'ils étaient assis au banquet de mariage, la musique s'arrêta soudain, les portes s'ouvrirent et un roi majestueux entra avec une grande suite. Il s'approcha du jeune homme, le prit dans ses bras et dit: « Je suis Jean-de-fer. Une malédiction m'avait changé en homme sauvage, mais tu m'as délivré. Tous les trésors que je possède seront à toi. »
Er was eens een koning en die had een groot bos bij zijn slot, en daar liep allerlei wild rond. Eens zond hij een jager uit om een ree te schieten, maar hij kwam niet terug. "Misschien is hem een ongeluk overkomen," zei de koning, en hij zond de volgende dag twee andere jagers om hem te zoeken. Maar die kwamen ook niet terug. De derde dag liet hij al zijn jagers komen en sprak: "Zoek het hele bos af en houd niet op voor je alle drie de jagers weergevonden hebt." Maar ook hier van keerde niemand terug, en van de hele meute honden die ze hadden meegenomen, werd er geen één meer gezien. Van toen af waagde niemand zich meer in het bos; het lag daar in diepe stilte, heel eenzaam, alleen zag men er soms een adelaar of een havik overvliegen. Zo ging het vele jaren; toen klopte een onbekende jager bij de koning aan, vroeg om kost en inwoning, en bood aan om het gevaarlijke bos in te gaan. Maar daar wilde de koning zijn toestemming niet voor geven; en hij zei: "Het is daar niet veilig, ik ben bang dat het je niet beter zou vergaan dan de anderen, en dan kom je er nooit weer uit." De jager antwoordde: "Heer, ik wil het wagen; bang ben ik nooit." Dus ging de jager met zijn hond het bos in. Het duurde niet lang, of de hond was wild op 't spoor, en wilde daar achteraan: nauwelijks had hij een paar passen gedaan of hij stond voor een diepe poel; hij kon niet verder, en daar stak opeens een naakte arm uit het water, pakte hem beet en trok hem naar beneden. Maar toen de jager dat zag, ging hij terug en haalde drie mannen en die moesten met emmers het water uitscheppen. Toen ze de bodem konden zien, lag daar een wildeman, bruin van lijf als roestig ijzer en z'n haar hing over z'n gezicht tot aan z'n knieën. Ze bonden hem met touwen en brachten hem naar het kasteel. Iedereen was verwonderd over deze wildeman, maar de koning liet hem in een ijzeren kooi in zijn tuin zetten en verbood op doodstraf, de deur van de kooi ooit te openen; de koningin zou de sleutel zelf bewaren. En van die tijd af kon iedereen weer veilig het bos ingaan.
Nu had de koning een zoon van acht jaar, en die speelde eens in de tuin, en al spelend viel zijn gouden bal in de kooi. De jongen liep erheen en zei: "Geef me m'n bal terug." - "Alleen als je de deur opendoet," zei de man. "Nee," zei de jongen, "dat doe ik niet, dat heeft de koning verboden," en hij liep weg. De volgende dag kwam hij terug en eiste zijn bal weer op; maar de wildeman zei: "Open mijn deur," maar de jongen wou het niet doen. De derde dag – de koning was juist gaan jagen – kwam de jongen nog eens terug en zei: "Ik kan immers de deur niet openmaken, want ik heb geen sleutel!" Toen zei de wildeman: "Die ligt bij je moeder onder haar hoofdkussen, je kunt hem best halen." De jongen, die zijn bal terug wilde hebben, dacht niet aan bezwaren en bracht de sleutel. Wel ging de deur moeilijk open, en de jongen klemde zijn vinger. Toen de deur open was, kwam de wildeman de kooi uit en gaf hem de bal, en liep daarna snel weg. Nu werd de jongen bang en gilde en riep hem na: "Ach, wildeman, ga toch niet weg, want dan krijg ik slaag." Nu keerde de wildeman om, tilde hem op, zette hem op zijn schouder en ging met snelle stappen het bos in. De koning kwam thuis, zag de lege kooi en vroeg aan de koningin hoe dat mogelijk was. Ze wist er niets van, ging de sleutel zoeken, maar die was weg. Ze riep de jongen, maar niemand antwoordde. De koning zond zijn dienaren weg om hem buiten te gaan zoeken, maar ze vonden hem niet. Toen was het makkelijk om te raden, wat er gebeurd was; en er heerste grote droefheid aan het koninklijke hof. Toen de wildeman weer in het donkere bos was gekomen, zette hij de jongen van zijn schouder en zei tegen hem: "Je vader en je moeder zul je niet terug zien, maar ik wil je wel bij me houden, want je hebt me verlost en ik heb ook medelijden met je. Als je alles doet, wat ik je zeg, dan zul je het goed bij me hebben. Schatten en goud heb ik genoeg, meer dan iemand ter wereld." Hij maakte voor de jongen een bed van mos in orde, waarop hij insliep en de volgende morgen bracht de man hem bij een bron en zei: "Kijk eens, deze gouden bron is helder als kristal, daar moetje bij gaan zitten en zorgen, dat er niets invalt, want dan wordt hij verontreinigd. Elke avond kom ik kijken, of je mijn wens hebt opgevolgd." De jongen ging aan de rand van de bron zitten, zag er dan weer eens een gouden vis, dan weer een gouden slang doorheen schieten, en hij lette op, dat er niets in viel. Terwijl hij zo zat, had hij opeens weer een heftige pijn aan zijn vinger, zo, dat hij hem onwillekeurig in het water stak. Hij trok hem er dadelijk weer uit, maar hij zag, dat de vinger helemaal verguld was, en hoeveel moeite hij ook deed, om het goud er weer af te wrijven, alles was vergeefs, 's Avonds kwam de wildeman terug, keek de jongen aan en zei: "Wat is er met de bron gebeurd?" - "Niets, helemaal niets," antwoordde hij, en hij hield zijn vinger op zijn rug, zodat hij die maar niet zien zou. Maar de wildeman zei: "Je bent met je vinger in het water geweest: voor deze keer zal ik het door de vingers zien, maar pas op, dat je er nooit meer iets in laat vallen." Heel vroeg in de morgen zat hij al bij de bron, en waakte erover. Weer deed zijn vinger hem pijn en hij streek ermee over zijn hoofd, maar ongelukkigerwijze viel er toen een haar in de bron. Hij nam hem er gauw uit, maar het was al helemaal verguld. De wildeman kwam en zag dadelijk, wat er gebeurd was. "Je hebt een haar in de bron laten vallen!" zei hij, "nog één keer zie ik het van je door de vingers, maar als het de derde keer gebeurt, dan is de bron onteerd en dan kun je niet langer bij me blijven." De derde dag zat de jongen bij de bron en hij bewoog de vinger zelfs niet, al had hij nog zoveel pijn. Maar de tijd begon hem lang te vallen; en hij keek eens naar zijn gezicht, dat hij in het water weerspiegeld zag. Steeds meer boog hij zich voorover, om zichzelf recht in de ogen te zien; en toen vielen hem z'n lange haren van zijn schouder in het water. Vlug richtte hij zich op maar het haar van zijn hoofd was al helemaal verguld, en glansde als de zon. Bedenk eens, hoe de arme jongen schrok. Hij nam z'n zakdoek, en bond die om zijn hoofd, zodat de man het niet zien zou. Maar toen de wildeman kwam, wist die alles al en zei: "Maak die doek los." Toen golfden de gouden haren van onder de zakdoek tevoorschijn en de jongen kon zoveel verontschuldigingen stamelen als hij bedenken kon: het hielp hem niets. "Je hebt de proef niet doorstaan, en je kunt hier niet langer blijven. Ga de wijde wereld maar in, dan zul jij nog eens ervaren, wat armoe is. Maar omdat je geen kwaad hart hebt, en ik het goed met je meen, zal ik je één ding toestaan: als je in nood bent, ga dan naar 't bos en roep: "IJzerhans" en dan zal ik komen en je helpen. Mijn macht is groot, groter dan je denkt, en goud en zilver heb ik in overvloed."
Toen verliet de prins het bos, en liep verder over goede en slechte wegen, en tenslotte kwam hij in een grote stad. Hij zocht werk, maar hij kon niets vinden, en hij had ook niets geleerd om er de kost mee te verdienen. Tenslotte ging hij naar het kasteel en vroeg, of ze hem daar niet konden gebruiken. De hovelingen wisten niet, waarvoor ze hem konden gebruiken, maar ze hadden wel schik in hem en zeiden, dat hij wel blijven kon. De kok nam hem toen in dienst en zei dat hij hout en water mocht aandragen en de as bijvegen. En eens op een keer, toen er juist niemand anders bij de hand was, droeg hij hem op om het eten naar de koninklijke tafel te dragen, en omdat hij z'n gouden haren niet wilde laten zien, hield hij z'n hoedje op. Zoiets had de koning nog nooit beleefd en hij sprak: "Als je aan tafel van de koning komt, moet je je hoed afzetten." - "Ach Heer," zei hij, "dat kan ik niet, ik heb een lelijke uitslag op mijn hoofd." Nu liet de koning de kok roepen en gaf hem een standje, hoe hij zo'n jongen in dienst had kunnen nemen; hij moest hem maar dadelijk wegjagen. Maar de kok had medelijden met hem en verruilde hem voor de tuinmansjongen. Nu moest het prinsje in de tuin planten en begieten, hakken en graven, en wind en slecht weer over zich heen laten gaan. Maar eens, in de zomer, was het zo'n warme dag, dat hij z'n hoedje afzette, zodat het windje koel over z'n hoofd zou strijken. De zon scheen op zijn haar, en het flonkerde en blonk, dat het scheen tot in de slaapkamer van de prinses en ze sprong overeind om te zien, wat dat was. Ze kreeg de jongen in 't oog en riep: "Jongen! breng me eens een bos bloemen?" Hij zette gauw z'n hoedje op, plukte wat veldbloemen en maakte daar een boeket van. Toen hij daarmee de trap opging, kwam hij de tuinman tegen, die zei: "Hoe kun je nu aan de prinses een bos wilde bloemen brengen? Haal gauw andere en zoek de mooiste en de zeldzaamste uit." - "Hè nee," zei de jongen, "wilde bloemen ruiken veel sterker en ze zullen haar best bevallen." Hij kwam de kamer in en de prinses zei: "Neem je hoedje af, het hoort toch niet, dat je dat voor mij ophoudt." En hij zei weer: "Dat kan niet, ik heb uitslag op mijn hoofd." Maar zij greep naar 't hoedje en trok het van zijn hoofd, en toen golfden zijn gouden lokken zo om zijn schouders, dat het een genot was om te zien. Hij wilde wéghollen, maar zij hield hem bij z'n arm vast en gaf hem een handvol dukaten. Daar ging hij mee weg, maar hij lette niet op het goud, maar gaf het aan de tuinman, terwijl hij zei: "Dat geef ik aan je kinderen om mee te spelen."
De volgende dag riep de prinses hem weer toe, dat hij haar een veldboeket moest brengen, en toen hij daarmee binnenkwam, graaide ze meteen naar zijn hoedje en wilde het hem afnemen, maar hij hield het met beide handen vast. Weer gaf ze hem een handvol dukaten, maar die wilde hij niet houden en gaf het weer aan de tuinman als speelgoed voor zijn kinderen. De derde dag ging het niet anders, zij kon z'n hoedje niet te pakken krijgen, en hij moest niets hebben van haar goud.
Niet lang daarna kwam het land in oorlog. De koning riep zijn soldaten bij elkaar en wist niet of hij de vijand, die de overmacht had door een groot leger, wel tegenstand zou kunnen bieden. En toen zei de tuinmansjongen: "Ik ben nu groot geworden en wil mee naar de oorlog; geef mij maar een paard!" De anderen zeiden lachend: "Als we weg zijn, zoek er dan maar één: we zullen eentje voor je op stal laten!" Toen ze weg waren, ging hij naar de stal en leidde het paard naar buiten; het was aan één been lam en hinkte, hinkelepink, hinkelepink. Toch ging hij erop zitten en reed naar het donkere bos. Toen hij aan de rand kwam, riep hij driemaal: "IJzerhans!" zó luid, dat het schalde door de bomen. Meteen kwam de wildeman en zei: "Wat verlang je van me?" - "Ik wil een flink paard, want ik ga oorlog voeren." - "Dat zul je hebben en nog meer dan je gewenst hebt." De wildeman ging naar het bos terug, en het duurde niet lang of een stalknecht kwam het bos uit en leidde een paard aan de teugel, dat door z'n neusgaten snoof en nauwelijks te bedwingen was. En daarachter kwam een hele rij soldaten, geheel geharnast en hun zwaarden blonken in de zon. De jonge prins liet het driepotig paard aan de stalknecht over, besteeg het andere en reed voor zijn leger uit. Hij naderde het slagveld. Reeds was een groot gedeelte van de soldaten van de koning gestorven, en het scheelde maar weinig of ook de anderen moesten vluchten. Daar jaagde de jonge prins met zijn geharnaste bende naar voren, stortte zich als een storm op de vijand en sloeg alles neer, wat tegen hem vocht. Ze wilden vluchten, maar de jonge prins greep hen in de nek en hield niet op tot allen gesneuveld waren. Maar in plaats van naar de koning terug te gaan, leidde hij zijn mannen langs omwegen weer naar het bos, en riep de wildeman weer. "Wat wil je nu?" vroeg de wildeman. "Neem je paard en je soldaten en geef mij mijn hinkend paard terug." Alles gebeurde zoals hij het verlangde, en hij ging op zijn hinkepoot naar huis. Toen de koning weer op zijn kasteel kwam, ging zijn dochter hem tegemoet en wenste hem geluk met zijn overwinning. "Ik ben het niet, die de overwinning behaalde," sprak hij, "maar een vreemde ridder, die met een hulptroep aanrukte." Nu wilde de prinses weten, wie die ridder was geweest, maar dat wist de koning niet, en hij zei: "Hij heeft de vijanden achterna gejaagd en daarna heb ik hem niet meer gezien." Ook vroeg ze de tuinman naar de jongen; en die begon te lachen en zei: "Hij is net thuisgekomen op ons manke paard, en alle anderen lachten hem uit en riepen: "Daar komt hinkelepink weer aan." En sommigen zeiden: "Achter welke heg ben je gaan slapen?" Maar hij zei: "Ik heb 't beste gedaan van allen, zonder mij zou het slecht zijn afgelopen." En toen werd hij nog meer uitgelachen." De koning zei tegen zijn dochter: "Ik ga een groot feest aanrichten. Het zal drie dagen duren, en je moet een gouden appel werpen; misschien komt de onbekende erop af." En toen het feest was aangekondigd, ging de jongen naar het bos en riep om IJzerhans. "Wat wil je?" vroeg hij. "Dat ik de gouden appel die de prinses gooit, zal vangen." - "Je kunt er wel op rekenen, datje hem krijgt," zei IJzerhans "en je krijgt er een rode wapenrok bij en je zult op een trotse vos rijden." Toen de dag aangebroken was, kwam de jonge prins aangedraafd, ging tussen de ridders rijden en werd door niemand herkend. De prinses kwam naar voren, en wierp de ridders een gouden appel toe, maar niemand ving hem dan hij alleen. Maar zodra hij hem gevangen had, reed hij spoorslags weg. De tweede dag had de wildeman hem als witte ridder uitgemonsterd en hem een schimmel gegeven. Weer was hij de enige, die de appel ving, maar hij bleef er geen ogenblik, maar galoppeerde weg. Nu werd de koning boos en zei: "Dat mag niet, hij moet bij mij komen en zijn naam noemen." En hij gaf bevel, dat als de ridder, die de appel gevangen had, weer zou wegrijden, men hem achterna moest gaan, en als hij niet goedschiks terugging, moesten ze hem slaan en steken. De derde dag kreeg hij van de wildeman een zwarte uitrusting en een zwart paard, en hij ving weer de appel. Maar toen hij ermee wegreed, vervolgden de hovelingen hem, en één kwam zo dichtbij hem, dat de spits van zijn zwaard hem 't been verwondde. Toch ontsnapte hij, maar zijn paard sprong zo, dat de helm hem van 't hoofd viel en ze zien konden dat hij gouden haar had. Ze reden terug en vertelden het aan de koning. De volgende dag vroeg de prinses aan de tuinman naar zijn knechtje. "Die werkt in de tuin. Het is een rare jongen, hij is ook bij 't feest geweest en pas gisteravond laat thuis gekomen, en voor mijn kinderen heeft hij drie gouden appels meegebracht, die had hij gewonnen." Nu liet de koning hem bij zich komen, en hij verscheen weer met zijn hoedje op zijn hoofd. Maar de prinses ging naar hem toe en nam hem 't hoedje af; en toen vielen zijn gouden krullen hem over de schouders, en hij was zo knap, dat ze allen verbaasd waren. "Ben jij de ridder geweest, die elke dag op 't feest gekomen is, altijd in een andere kleur, en die de drie gouden appels heeft opgevangen?" vroeg de koning. "Ja," gaf hij ten antwoord, "en hier zijn de appels," en hij haalde ze uit zijn zak en gaf ze aan de koning. "Als u nog meer bewijzen wilt, dan kunt u de wond zien, die uw mannen mij hebben toegebracht bij de achtervolging. Maar ik ben ook de ridder, die u de overwinning bezorgd heeft op uw vijanden." - "Wanneer je zulke heldendaden kunt verrichten, dan ben je geen tuinmansjongen; zeg mij: wie is je vader?" - "Mijn vader is een machtig koning en goud heb ik massa's en zoveel ik maar hebben wil." - "Ik zie het wel," zei de koning, "ik moet je danken: kan ik je ook een plezier doen?" - "Ja," antwoordde hij, "geef me uw dochter tot vrouw." Toen lachte het meisje en zei: "Ik maak geen bezwaar; aan het gouden haar heb ik al gezien, dat hij geen tuinmansjongen is," en ze ging naar hem toe en gaf hem een kus. Bij de bruiloft kwamen zijn vader en zijn moeder ook en ze verheugden zich erg, want ze hadden al elke hoop opgegeven, om hun dierbare zoon nog eens te zien. En toen ze aan de bruiloftsmaaltijd zaten, toen hield de muziek opeens op, de deuren gingen open, en een machtig koning trad binnen met groot gevolg. Hij ging naar de jonge prins toe, omarmde hem en zei: "Ik ben IJzerhans, en ik was betoverd tot een wildeman, en jij hebt me van de betovering verlost. Alle schatten die ik bezit, zullen van jou zijn!"




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